Une condamnation qui en dit long sur l'état de la France
Maurice Laouchez
Maurice Laouchez, militant MoDem de Martinique, réagit à la condamnation de Marine Le Pen dans une tribune libre.
La condamnation de Marine Le Pen et les réactions qu’elle provoque en dit beaucoup sur l’état réel de la France.
Sans prétendre être exhaustif, citons :
- le déclenchement de la procédure sur la base d’une dénonciation anonyme en 2014, concernant des pratiques frauduleuses commencées dix ans plus tôt : signe de l’insuffisance du contrôle de l’utilisation des fonds publics par la France et par l’Union européenne ;
- la durée de la procédure, commencée depuis 2014, et non encore achevée 11 ans plus tard: signe de l’insuffisance quantitative et qualitative des moyens mis à la disposition de la Justice, dont le budget annuel, de 10 Milliards d’Euros, est 7 fois inférieur aux intérêts payés par l’État pour la dette publique ;
- la trop large latitude laissée aux juges, signe d’une législation et d’une jurisprudence dont la densité, la complexité et les contradictions ont dépassé l’absurde ;
- l’importance des sommes dont use et abuse une partie du monde politique pour son propre confort, alors même que les problèmes que ce monde politique doit régler ne cessent de s’aggraver, tels le chômage et l’insécurité : signe que certains représentants se servent plus qu’ils ne servent les représentés ; l’exemple venant d’en-haut, c’est clairement depuis les années 1980 que s’est aggravée, au plus haut niveau de l’État, la pratique de la dissimulation, du mensonge et de l’utilisation, à des fins de confort personnel, de l’argent public ;
- l’aveu quasi officiel, par des juges, dont le seul métier est d’appliquer la loi, de leur volonté d’intervenir dans les élections politiques, par le choix des rythmes, et des contenus de leurs décisions, signe qu’à l’abri de leur indépendance juridique, dont les bases datent de l’époque du maréchal Pétain (premier statut de la fonction publique en septembre1941), un certain nombre de magistrats, pas tous heureusement, sortent des limites de ce pour quoi ils sont payés.
- Etc, Etc…
Mais le plus important dans cette affaire, et dans les réactions qu’elle provoque, est qu’une large partie du monde politique et du monde administratif est affolée par la montée de ce que l’on nomme le populisme, en France comme aux Etats-Unis, mais qui n’est que l’expression de l’exaspération de la majorité de la population face au dévoiement de la promesse démocratique par des dirigeants du monde entier, tant dans les sphères économiques et financières que dans les sphères politiques, administratives et médiatiques.
Le chômage, la misère, les inégalités, l’insécurité sont le terreau où grandit quotidiennement cette exaspération.
Ce n’est pas l’interférence, somme toute banale, de la justice et de la politique qui peut la juguler.
Le rêve révolutionnaire s’étant effondré par décision des peuples, exprimées par leurs migrations, seules des réformes en profondeur ont quelque chance d’y parvenir. Sans ces réformes, l’anarchie, qui a commencé à abîmer nos vies au quotidien, emportera nos sociétés au milieu des discours hypocrites sur la liberté, l’égalité et la fraternité.